Le tourisme international n’est pas en reste, en raison de l’intégration de cette station naturelle en un passage incontournable dans tous les circuits programmés par les professionnels. Les férus d’alpinisme peuvent aussi s’en réjouir en grimpant à l’assaut des deux hautes falaises qui les invitent à l’escalade.
La visite des «gorges» permet aussi d’apprécier un patrimoine architectural remarquable. Une quarantaine de ksars et casbahs ayant des proportions et des volumes variables entrent en harmonie avec une palmeraie clairsemée. L’oasis présente un cadre de vie agréable. L’histoire semble renseigner sur une identité culturelle séculaire.
Accessible par un simple véhicule léger, le chemin vers le site depuis Tinghir permet de voir des paysages magnifiques. Ainsi, des deux côtés d’un bitume nécessitant non seulement une extension, mais aussi un renforcement, s’étend un oasis sous forme d’un ruban vert qui croise souvent l’oued Todgha. Si l’eau limpide coulant depuis les cimes du Haut-Atlas ne manque que rarement pendant toute l’année, la fonte des neiges rend assez fort l’oued de Todgha qui viole parfois son gouffre de Testafit. Il peut causer, en conséquence, des pertes colossales aux petits paysans d’Aït Atta, comme ce fut le cas il y a deux ans.
A l’époque, la société civile avait appelé au respect des normes de construction à proximité de la rivière. En vain, le béton s’est imposé plus que par le passé. «Bon an mal an, le site perd de son cachet naturel et sa dégradation est remarquable pour les habitués», révèle Ahmed Sadqi, l’un des dirigeants de la Fédération des associations de développement de Tinghir (FADT). Il est vrai que les autorités compétentes ont interdit toute construction près du lit du oued, mais cette mesure reste insuffisante, selon la FADT, pour qui toute nouvelle construction devrait respecter nécessairement la loi 10-95 sur l’eau. Avec près d’une centaine d’unités touristiques allant de l’auberge à l’hôtel, l’oued ne peut supporter les déchets rejetés par les fosses sceptiques. Les termes de ladite loi parlant du pollueur/payeur restent lettre morte. D’ailleurs, la prolifération des valves dans la rivière dénote d’un degré assez élevé de pollution. Une action s’avère urgente, selon le tissu associatif.
Le problème s’aggrave du fait d’une complexité administrative obsolète, faisant que Tinghir, qui relève administrativement de la province d’Ouarzazate, fait partie du bassin hydraulique de Guir-Ghriss-Ziz. Ceci crée souvent des enchevêtrements au niveau des procédures en vue de décrocher les autorisations requises.
En fait, l’inexistence de réseau d’assainissement fait que l’oued s’est transformé en réceptacle de tous genres de déchets possibles.
La pollution menace le site ainsi que sa principale source de vie, à savoir l’eau. Avec près de trois mille visiteurs par jour en cette période estivale sans soins particuliers, le site court un véritable danger, selon la FADT. Sur place, il n’existe, en effet, ni poubelles publiques, ni personnes chargées du service de propreté, n’en parlons pas de la police de l’eau, elle n’existe nulle part ailleurs, même si la loi l’énonce noir sur blanc. La commune rurale, quant à elle, ne déploie aucun effort pour promouvoir le site à fort potentiel naturel. A part les autorisations de construction accordées selon la tête du client, il n’existe pas de véritable vision pour ériger cette station en un levier de développement. Aucun siège public pour un touriste las de cinq ou six heures de randonnées.
La route menant aux gorges continue jusqu’au village d’Aït Hani et Tamtatouchtte, là se trouve un coin où vivent des «poissons sacrés», que personne ne peut pêcher.
Les mythes des tribus d’Aït Atta et d’Aït Hdiddou font état de l’égarement d’un cheptel aux sommets du Haut-Atlas protégé contre toute tentative de domestication. Les gorges auront-elles aussi droit à une décision interdisant toute pratique dégradante?